06 juin 2007

Passionnément ..

C’est décidé .. vous allez mettre à profit ces quatre mois d’utilisation intensive de transports en commun (appelés également « passion de Fiton ») pour vous remettre à votre premier amour, celui qui prolongeait vos veillées de petite fille, celui que plus tard,  vous dévoriez le soir caché sous vos couvertures d’adolescente, celui qui vous poursuivait en vacances, en rêverie, en cours, aux toilettes, .. : la lecture.

Avec toute la rigueur d’un jeune et frais manager, vous calculez précisément votre temps de trajet : une heure trente (sans compter les obligés retards inhérents aux transports en commun) soit  l’équivalent approximatif d’un demi petit livre ou de deux magazines.

Vous vous mettez donc à la recherche frénétique de tout ce qui peut se lire, magazine, romans, ouvrages, journaux, dépliants et prospectus .. rien n’échappe à votre soif intense après une traversée quasi virginale de deux enfants 4 ans sans bouquins digne de ce nom (entendez par là une taille de police correcte, des pages en papier et non en carton mâché (par des petites quenottes croissantes) et bavouilleux (toujours les fameuses quenottes) et condition sine qua non, sans images de petit ours brun et popi.

Le roman d’abord .. vous le souhaitez court et attractif ( principe de l’amortissement du temps) et bien entendu drôle (principe de la pensée positive avant d’arriver au travail). Il se doit également d’avoir deux composantes fondamentales : il faut qu’il soit bien écrit, avec un vocabulaire dépassant le sujet, verbe, complément (cf : Léo est triste. Il a perdu Popi. Où est Popi ? Popi se cache.) tout en ne surpassant pas un niveau intellectuel défaillant et sa frèle souche, le mono neurone ( vous n’oubliez pas que ce dernier a vu nombre de ses compagnons mourir, étouffés par une activité cérébrale proche de la ligne plate).

C’est une sensation délicieuse que de se remettre à lire .. un peu comme un compagnon perdu de vue que vous retrouvez avec joie, en vous demandant bien pour quelles obscures raisons, vous vous en étiez éloigné (couches, biberons, pâtes à modeler, puzzle .. vous noterez que la métaphore colle également parfaitement aux amis).

Les magazines ensuite .. vous dateriez votre dernière anthropophagie de revues à environ 5 ans de cela .. à cette époque, jeune cétacé ne pouvant plus se mouvoir avec grâce , vous attendiez impatiemment l’arrivée de votre Fruit de l’Amour n°1  en engloutissant moultes parutions hebdomadaires avec pour objectif de calmer vos appréhensions légitimes ( ?). Vous méditiez alors profondément sur la réelle nécessité de la sucette dans les premiers mois de la vie, sur l’importance de purées maisons bios afin de lutter contre le pouvoir toujours grandissant de l’industrie agroalimentaire blédiniale, sur la quasi nécessité de développer son sens artistique utérin en pratiquant le chant prénatal. Vous débattiez avec vigueur de différents concepts dont vous étiez certaine du bien fondé. Vous profitiez tout simplement du bonheur béat d’avoir encore toutes les réponses concernant l’éducation de votre futur enfant.

Par la suite, redescendue du  paradis des louables attentions (juste après les premiers hurlements de votre premier enfant et la course affolée de votre Tendre Moitié pour acheter la dite luciférienne sucette), vous avez abandonné vos lectures enthousiastes, ne voyant pas l’intérêt de prolonger par la lecture ce qui se passait au quotidien dans vos journées (et nuits)

Et puis, vous avez constaté aussi que, comme les souvenirs,  le temps passe mais les articles restent. Vous l’aviez déjà observé adolescente, lorsque, tous les étés, vos affectionnées revues de l’époque vous exhortaient à entreprendre un régime éclair afin-de-perdre-les-rondeurs-disgracieuses et lorsque toutes les rentrées, ces mêmes magazines vous prônaient une cure d’ananas frais pour pallier les frasques d’un été trop fastueux.

Forte de ce constat, vous avez pieusement conservé vos revues de jeune baleine afin de les consulter lors de l’arrivée du Cadeau du Ciel n°2 (ce que vous n’avez pu faire, pris dans le tourbillon de couches sales la vie).

Pour mener à bien votre vaste dessein, vous excluez donc définitivement l’achat de ces quotidiens dans votre nouvelle quête de lectures. Après la période « 10 conseils pour faire un feu de bois » (manuel des castors junior/picsou magazine ) « 10 conseils pour faire enrayer l’acné persistant » (ok podium !), « 10 conseils pour trouver un mec » (biba), la période « 10 conseils pour faire dormir bébé la nuit » (parents, enfants) vous vous tournez logiquement vers le « 10 conseils pour décorer votre maison » (déco maison, modes et travaux) ..

Et au fur et à mesure que s’égrènent les kilomètres, vous lisez et relisez .. vous vous sustentez d’un bonheur simple ..de magazines en romans, de chroniques en histoires, votre frêle compagnon d’infortune s’en trouve  ragaillardi et vous livre peu à peu un vocabulaire un peu plus complexe que l’élaboré « nan mais kes ke je viens de dire ! tu m’écoutes ou quoi ! »

Après 4 ans de quasi abstinence, le plaisir de l’évasion est toujours aussi exquis et vous retrouvez le goût de lire là où vous l’aviez laissé, comme le plus fidèle des amis..

Posté par sydebulloblog à 07:56 - - Commentaires [3] - Permalien [#]


Commentaires sur Passionnément ..

    quelle jolie conclusion .. a un beau txt
    au moins un point positif a ces longs trajets en transport en commun (c un peu lourd comme phrase... )

    Posté par khamora, 06 juin 2007 à 19:51 | | Répondre
  • C'est franchement formidable, cette façon que tu as d'écrire, je me régale à chaque fois !

    Posté par Nat, 13 juin 2007 à 21:59 | | Répondre
  • j'ai environ 3 heures de transport par jour, et c'est à ce moment là que j'en profite pour lire

    bravo

    Posté par piechry, 14 juin 2007 à 13:06 | | Répondre
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